Présentation
Contexte et besoin
Avec plus de 90 000 cartes et plans signalés sur Gallica et 800 000 feuilles au département des Cartes et Plans de la BnF, dont 300 000 documents dans le domaine public, les fonds cartographiques de la BnF constituent une ressource exceptionnelle pour les chercheurs, historiens, géographes, généalogistes et amateurs éclairés.
Exemple de plan disponible sur Gallica : Plan de Sedan de 1767 (Fortifications)
Ces fonds cartographiques sont disponibles sous forme de fichiers informatiques, souvent de très bonne qualité, qu'il est possible de télécharger ou, pour les plus techniciens, d'intégrer et d'interroger via les APIs de la BnF. Toutefois, étant non géoréférencés et donc non spatialisés numériquement, ils ne peuvent pas directement être intégrés dans un système d'information géographique (SIG) ou superposés à d'autres données spatiales.
La mise à disposition de cartes et plans géoréférencés est pourtant indispensable dans l'objectif d'ouvrir de nouvelles perspectives d'accès, d'analyses et de recherche. Aujourd'hui, les Humanités Numériques et particulièrement les SIG permettent d'intégrer et de croiser des données issues de plusieurs sources par des outils d'analyse spatiale afin de faire émerger une nouvelle connaissance propre à valider ou invalider des hypothèses de recherche.
Géoréférencer ces fonds cartographiques constitue donc un enjeu majeur non seulement pour la recherche mais également pour la valorisation patrimoniale.
Géoréférencement
Le géoréférencement est le processus qui consiste à ajouter une référence spatiale à une donnée qui en est dépourvue, c'est-à-dire positionner géographiquement un document à la surface de la Terre et le rendre ainsi compatible avec un système de coordonnées existant.
Ce processus repose sur la saisie d'amers, ou points de contrôle. La création de plusieurs couples d'amers permet d'établir une correspondance entre le plan ou la carte source (issu de Gallica dans notre contexte) et le plan ou la carte cible (référentiel moderne).
Processus de géoréférencement : saisie des amers (couples, en rouge) et transformation du plan (en vert)
Quel que soit le type de géoréférencement, ce processus nécessite l'utilisation de transformations de l'espace. Cet espace étant ici à deux dimensions, le processus s'appuie sur des transformations mathématiques du plan afin d'aligner les deux espaces, source et cible.
Dès lors, une carte géoréférencée peut ainsi être superposée et croisée avec d'autres données géographiques :
- de type raster (type image) : plans IGN, cartes de Cassini assemblées, cadastres napoléoniens, fonds OpenStreetMap, etc.
- de type vectoriel : Base de Données Topographique de l'IGN, relevés de terrain archéologique, données géohistoriques, plans locaux d'urbanisme, recherche notariale de parcelles historiques, etc.
L'opération de géoréférencement nécessitait jusqu'à présent la maîtrise d'un logiciel SIG de bureau (QGIS, ArcGIS), un apprentissage technique significatif, et produisait des résultats stockés localement et rarement partagés. La manipulation peut être longue et fastidieuse, et les cartes géoréférencées restent souvent cantonnées à un usage individuel, alors qu'elles constituent une nouvelle production à part entière, du fait de la valeur ajoutée liée à leur spatialisation.
Galligeo
L'application Galligeo a été initialement développée comme preuve de concept (PoC) au sein du Consortium Huma-Num Projets Time Machine (PTM), avant d'être sélectionnée comme projet lauréat du BnF DataLab 2025-2026 (janvier 2025 – juin 2026).
Elle est née afin de répondre à la triple problématique exposée précédemment :
Simplicité
Galligeo propose une interface web intuitive des fonds cartographiques disponibles sur Gallica, sans qu'aucune installation logicielle ne soit nécessaire pour les utilisateurs.
Communauté
Galligeo offre un espace collaboratif, soit physique au travers d'ateliers (ateliers au BnF DataLab, ateliers de formation), soit virtuel où chercheurs, historiens, bibliothécaires et amateurs participent ensemble au géoréférencement des collections cartographiques.
Valorisation des fonds cartographiques
Les géoréférencements produits sont immédiatement partagés, réutilisables et archivés sur l'entrepôt de données Nakala. Ce processus assure ainsi découverte, citabilité et réutilisation selon les principes FAIR, sous licence libre. Galligeo permet ainsi de mettre en valeur des fonds cartographiques de la BnF sous une forme géoréférencée.
Écosystème et architecture logicielle
Galligeo repose sur Nakala comme entrepôt de données pour l'archivage pérenne des géoréférencements.
Au-delà, Galligeo s'inscrit dans un écosystème interopérable développé par le Consortium PTM :
- une interface ad hoc de géoréférencement, permettant un accès mutualisé à différentes applications PTM,
- une brique de géoréférencement et de tuilage,
- un serveur de tuiles cartographiques afin de diffuser et garantir un accès aisé aux fonds cartographiques géoréférencés dans des SIG bureautiques ou d'autres applications en ligne,
- Cartoquête : moteur de recherche de cartes sur Gallica et les Archives Départementales, avec lien direct vers Galligeo
- Collection PTM sur Nakala : collection dédiée aux cartes géoréférencées via Galligeo
- Plugin QGIS (en développement) : accès aux fonds géoréférencés depuis QGIS
L'architecture logicielle exposée ci-dessous illustre cet écosystème ainsi que les interactions entre les différentes briques logicielles :
Équipe
- Éric Mermet : Ingénieur de Recherche CNRS, ArScAn, Consortium Huma-Num PTM
- Éric Grosso : Consultant, Consortium Huma-Num PTM
Citation
Éric Mermet, Éric Grosso. Galligeo : donner de l'espace aux cartes et plans de Gallica. Journée annuelle des projets de recherche en résidence au BnF DataLab, Janvier 2026, Paris, France. (hal-05543194v2)